20/12/2003

1 - Un Haut de Page, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit le plus souvent d’un dessin en noir et blanc se présentant sous la forme d’une bande horizontale (strip) placée dans la marge supérieure du journal de Spirou, le fameux hebdomadaire belge de bandes dessinées de « ceux qui savent dire non ».

 

Au sein de « l’animation » (nous reviendrons en détail sur ce vocable mystérieux), la fonction des Hauts de Pages était de rendre le journal plus vivant, et, par là-même, de susciter l’hilarité du lecteur.  Leur création sous cette forme revient à un duo d’auteurs marseillais, les désormais célèbres Yann & Conrad*.

 

La formule utilisée fut inaugurée par Franquin dans les années 1950 lorsqu'il animait la couverture de l'hebdomadaire Spirou.  Franquin dessinait en haut de la une Spirou ou Gaston déguisé en un des personnages de BD paraissant cette semaine-là. Certes des Hauts de Pages existaient avant que Yann & Conrad ne les prennent en charge mais, selon Yann lui-même, ils étaient tellement insipides qu’avec Conrad il en a réclamé la suppression auprès du rédacteur en chef du journal, Alain De Kuyssche*. Ce dernier les prend au mot et leur confie la rubrique. Le nouveau concept est inauguré par Yann & Conrad dans le numéro 2225, en 1980. Ainsi naissent les Hauts de Pages tels que nous les présentons ici. L'aventure durera jusqu'au numéro 2269 de 1981.

 

En seulement 10 mois d’existence (et non 8 comme l’ont revendiqué les auteurs), les Hauts de Pages ont provoqué, par le talent et par l’énergie mis en œuvre, rien moins qu’une tempête dans le petit monde du journal de Spirou, divisant les auteurs entre partisans et ennemis* des Hauts de Pages.  Qu'importe, les Hauts de Pages de Yann & Conrad  insufflent une fraîcheur salutaire dans le vénérable hebdomadaire en voie de fossilisation au sortir de son 40ème anniversaire.

 

ennemis* = Leloup avait obtenu qu'aucun Haut de Page ne vienne troubler la lecture des planches de Yoko Tsuno.  Résultat, les Hauts de Pages faisant référence à Yoko Tsuno paraissaient au-dessus des planches de Sophie (de Jidéhem) qui, du coup, n'était jamais embêtée.

 

Les Hauts de Pages ont apporté un esprit critique et frondeur, drôle et impertinent au sein d’ une publication pour la jeunesse alors en quête de renouveau.  Cette expérience historique à révélé aux lecteurs la petitesse d'esprit de certains auteurs mais surtout l'incroyable talent du jeune duo marseillais.  Le phénomène ne laissa personne indifférent dans la profession.  Un événement analogue, toutes proportions gardées, à celui de l'avènement des Guignols de l'Info sur Canal+, dans les années 1990.







18:29 Écrit par Un vieux lecteur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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